Le Web 3.0 : vers un internet décentralisé ?

Le Web 3.0 : vers un internet décentralisé ?

Par Gérard Haas et Miléna Letinaud

 

« Has anyone seen web3 ? I can’t find it » a tweeté Elon Musk en décembre dernier.

Le Web 3 légende ou réalité ?

Il faut savoir qu’Internet est le résultat de la rencontre d’intérêts universitaires et de l’armée, avec comme idée commune que l’information devrait circuler librement.

En France, Internet a commencé à se développer dans les années 1990 au moment où les fournisseurs d’accès à Internet ont proposé des offres au grand public avec la version Web 1.0les internautes se cantonnaient à un rôle « passif ».

Peu à peu, dans le contexte d’un Web 2.0 apparu en 2005 sur un modèle « participatif » où l’internaute génère du contenu, ce qui a donné lieu à des litiges dans un domaine jusqu’alors, pas encore réglementé.

Il est apparu comme crucial de réguler Internet du fait de sa notoriété avec la croissance du nombre d’utilisateurs s’accompagnant d’autant de risques de difficultés.

Aujourd’hui Internet apparaît comme un outil de communication et de commerce essentiel où les géants, les GAFAM, dominent.

En réponse à cela, émerge depuis 2020 les prémices d’un Web 3 dont son créateur, le britannique Gavin Wood, le définit comme un Internet décentralisé qui redonne le pouvoir aux internautes en comparaison avec l’Internet actuel « Vous n'êtes pas autorisé à effectuer des paiements en soi. En réalité, vous devez communiquer avec votre institution financière pour qu'elle le fasse en votre nom. Vous êtes traité comme un enfant faisant appel à un parent ».

Alors, comment se matérialiserait le Web 3?

Rétablir un pied d’égalité avec les puissants:

Aujourd’hui les GAFAM sont les superpuissances du numérique et des technologies de l’information et de la communication.

Ces plateformes sont en situation de monopole, elles jouent un rôle éminent, dans un marché qu’elles ont elles-mêmes créé et développé et où elles s’imposent comme facilitateur d’innovations.

Dans l’idée de réguler Internet, a été créé un Forum sur la gouvernance de l’Internet, qui réunit des agences internationales, des gouvernements, des professionnels de l’Internet, entreprises, et organisation de la société civile sous l’égide des Nations Unies. L’objectif étant d’établir une situation analogue entre les gouvernements et les GAFAM.

Au niveau européen, pour tempérer, ont vu le jour le Digital services act et Digital market act pour harmoniser les règles au sein de l’UE en prévoyant un contrôle harmonisé des grosses plateformes.

Pour l’Assemblée nationale, dans un rapport d’information sur les plateformes numériques, le marché tourne toujours autours des mêmes acteurs : les plateformes des GAFAM.

Le Web 3 témoigne de la volonté de s’imposer face aux GAFAM en créant un modèle différent pour échapper à ce système centralisé, ayant accumulé de nombreuses données personnelles, avec l’émergence d’une logique décentralisée.

L’essor d’une structure décentralisée :

Selon Gavin Wood le Web 3 permettrait de redonner aux internautes le pouvoir sur le fonctionnement des plateformes et sur leurs données grâce à un Web « décentralisé ».

Comment décentraliser ?

Le Web 3 fonctionnerait grâce à la blockchain qui est « une technologie de stockage et de transmission d’informations. Elle se caractérise en étant transparente, décentralisée, irréversible et fonctionnant sans organe central de contrôle ».

La blockchain a l’avantage d’être sécurisée puisqu’elle fonctionne selon un système cryptographique de validation par les utilisateurs.

Dans cette conjoncture, les utilisateurs peuvent recevoir une contribution (NFT ou cryptomonnaie), en contrepartie d’une activité sur la blockchain.

Grâce à la blockchain, le Web 3 selon le modèle de Gavin Wood permettrait alors de :

  • Supprimer les intermédiaires avec une participation directe des internautes
  • Lutter contre le monopole des GAFAM en changeant le modèle centralisé d’Internet
  • Redonner du pouvoir à l’internaute en le rendant acteur
  • Transférer des données en toute autonomie grâce à la blockchain sécurisée

Une décentralisation pas sans risques :

Par ailleurs, certains s’alertent de cette décentralisation.

Sans garde-fou, le Web 3 risquerait de se heurter à l’utilisation de NFT et de cryptomonnaies détournés de leurs usages et ainsi permettant le blanchiment d’argent.

Par ailleurs, la décentralisation contribuerait à des zones d’immunité de responsabilité, permettant d’échapper à la législation en vigueur.

Pour Andreessen Horowitz, alias a16z, ingénieur et investisseur dans le Web 3 «c'est finalement une entité centralisée avec une étiquette différente ».

Affaire à suivre !

***

Le cabinet HAAS Avocats est spécialisé depuis plus de vingt cinq ans en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. Il accompagne de nombreux acteurs dans le cadre de la gestion de leurs portefeuilles de marques et défend leurs droits dans les procès de contrefaçon. Pour en savoir plus, contactez-nous ici.

Gérard HAAS

Auteur Gérard HAAS

Suivez-nous sur Linkedin